Jesuisperdu a écrit :Pour ma part, la communication (et je dois t'avouer que j'ai du mal à te suivre quand tu parles d'une pseudo communication du "néo-couple", je ne comprends pas en quoi la communication est devenu un problème contemporain.
Parce que son omniprésence la vide de sens. Comme dans cette expression (qu'on entend à tout bout de champ, aujourd'hui), parler de tout c'est aussi, bien souvent, parler de rien. Il m'apparaît que les gens n'ont jamais été aussi faibles, inquiets et repliés sur eux-mêmes, dans une société qu'on leur vend paradoxalement comme une grosse interface de communication et où ils ne cessent pourtant de se raconter. Où il importe d'être connecté à tout, de pénétrer les réseaux, d'avoir sa page facebook, son cercle google+, son psychothérapeute, sa bestouille "àkikonditou", sa moitié à qui on fait par le menu sa journée au taf, ses gosses qui se prononcent sur la vie intime de leurs parents, etc. Je me sens sourd, dans un monde qui pépie dans tous les coins, et constate jour après jour un isolement rampant qui semble progresser sans fin. On pourrait discuter longtemps des causes profondes du phénomène, mais l'idée que l'hyper-communication égocentrée qu'offre le smartphone rentré dans les moeurs (et qu'on trouve maintenant sur des mômes de 10 ans) n'y ait pas sa part me semble improbable. Quant aux quelques individus que j'ai pu rencontrer qui faisaient l'effort de s'interroger préalablement sur le but de leur communication, ou de se taire quand ils n'en trouvent pas, que ce soit au zen ou dans d'autres contrées plus "tradis", il me semblait qu'ils allaient plutôt mieux, du moins au niveau des complexes, que le français lambda de cette cuvée 2015.
Jesuisperdu a écrit :Pour moi elle n'a peut-être pas la même forme que pour les générations précédentes mais je ne crois pas qu'elle soit devenu quelque chose de nouveau, révélatrice d'un problème moderne)
Je la crois moins révélatrice d'un problème moderne que cause d'un problème moderne. La perte des repères collectifs, l'avachissement de la langue (perçue comme rigide car normative), l'expansion d'egos de plus en plus cotonneux et cassants tout à la fois, le nihilisme solipsiste, par exemple, pourraient être les révélateurs.
Jesuisperdu a écrit :doit s'inscrire dans une partie du couple, aussi importante que le sexe, l'envie de se projeter (les preuves de constructions futures), et tout un tas de choses aussi importantes.
Entendons-nous d'abord sur le sens des mots. Les constructions futures sont la preuve des projets. Ce n'est pas la projection qui est la preuve de constructions futures, dans la mesure où c'est une condition nécessaire et pas suffisante.
Jesuisperdu a écrit :Je ne parle pas de "communication de tout les jours", je parle de "communication fondement".
Ouf ! J'ai craint, un instant, que tu me parles de "communication-rite", de "communication-Idée", de "communication-métalangage" ou de "communication-force d'anéantissement et composante d'annulation de l'acte effectif". Dis, tu fais tourner le joint, un peu ? J'ai l'impression que t'es dessus depuis un moment et peine à te suivre.
Jesuisperdu a écrit :Je comprends quand tu dis qu'il est plus important pour toi de ne pas chercher en l'autre ce qu'il peut nous donner, comme finalement un forme d'auto-satisfaction du travail (au sein du couple) bien fait.
Pas vraiment. Il s'agit plus pour moi de respecter l'autre dans ce qu'il est, ce qui le caractérise plutôt qu'en le submergeant de mes projections et attentes, plus ou moins réalistes, qui ne peuvent engendrer que de la frustration de part et d'autre. Il s'agit moins d'auto-satisfaction que d'une reconnaissance de l'autre partie, laquelle devrait être un souci constant dans tout processus bijectif et commutatif. Chercher en l'autre ce qu'il peut donner ne vise pas à "bien faire le taf pour soi-même" (pour ça, il y a une autre méthode encore plus simple : ne pas lui parler). Ca vise surtout à lui permettre d'être ce qu'il est pendant qu'il nous parle. Et partant, de construire avec certaines limites mais avec lui, plutôt que sans limite avec soi-même ou l'idée qu'on se fait de lui. Je peine à trouver l'égoïsme là-dedans ... En attendant de mon chat qu'il m'aide à trouver Dieu, ou de la salope de bar moyenne que j'ai ramenée qu'elle me rassure sur ma capacité à être un homme à la fois sensible et performant, je suis surtout en communication avec mes complexes plus qu'avec mon chat ou la salope du bar que j'ai ramenée. Et à l'inverse, en m'astreignant à la discipline simple de "communiquer" avec mon chat comme avec un chat et avec la salope inconnue comme avec une salope inconnue, je leur laisse une chance d'exister en moi pour ce qu'ils sont respectivement en tenant mon ego à ce que je crois être une juste distance.
Jesuisperdu a écrit :Et qu'il vaut mieux se remettre en question et faire ce qu'il faut si besoin.
Mais ça c'est ta version de faire les choses, et c'est sûrement une méthode qui se tient mais je la trouve hyper égoïste sur le fond, même si elle ne le veut sûrement pas.
Elle ne le veut ni ne le refuse. J'essaie dans mes interactions de créer du sens, et d'être le plus "juste" possible. Au double sens de justice et de justesse qu'on peut trouver sous le style de grecs poussiéreux. Savoir si je suis égoïste ou perçu comme égoïste m'intéresse assez peu dans la mesure où je laisse autrui exister où cela me semble juste, dans et hors de moi. Pour ce faire, je n'ai comme tout un chacun, que ma "version de faire les choses".
Jesuisperdu a écrit :Je ne fais pas de reproche, et ai bien compris que de toute façon, penser le contraire ne t'empêcherai pas de dormir.
Mais je trouve cette façon de voir les choses intéressante, au moins à décrypter. J'apprécie tout les points de vue, et chacun est libre après de faire ce qu'il lui plaît. Et comme tu le dis si bien, il n'y a de toute façon pas de recette magique.
Alors je m'explique : j'ai peur que ta version de voir les choses ne soit finalement l'inverse de la communication.
Le fait de chercher en l'autre ce qu'il peut donner n'est pas pour moi le but de la communication.
Pour moi non plus. C'est un moyen. Plus exactement, mon message peut se lire : "Chercher chez l'autre autre chose/plus que ce qu'il est et peut donner est un cul-de-sac". Il ne se traduit pas par "Chercher chez l'autre ce qu'il peut donner est le but ultime de toute communication avec lui". Je fais appel à ton sens des nuances pour sentir la différence entre les deux formules.
Jesuisperdu a écrit :Peut-être qu'effectivement, certaines personnes complexées vont tendre à une communication finalement anxiogène car culpabilisante de répondre toujours à des peurs, des angoisses qui doivent être soulagées, mais qui en aucun cas ne vont concerner "le couple". Finalement là aussi on est dans l'égoïsme pur. Mais la non communication qui se soustrait à l'action peut selon moi avoir le même effet.
Je ne vois pas la communication comme un moyen de se soustraire à l'action. Bien au contraire, j'ai assez lourdement insisté sur le fait que c'était à mon sens une action, au sens plein et entier du terme. Et que c'est bien à ce titre qu'il nous revenait de ne pas perdre de vue son but.
Jesuisperdu a écrit :Quelque chose d'anxiogène pour les partenaires qui finalement vont s'ouvrir à des questions de fond qui ne seraient peut-être jamais apparues si communication il y avait eu.
Je ne dis pas que ce que je dis est une obligation, mais peut-être une possibilité, et ne dis pas non plus que ta façon de voir les choses est une hérésie. Mais c'est intéressant je trouve d'avoir ton point de vue.
Tu m'en vois ravi.
Jesuisperdu a écrit :la conscience et la liberté plutôt que la viabilité ou le confort. C'est mon côté matheux-pas-ingénieur, j'aime pas la bricole. Quand ça marche pas, je préfère tabularaser et reconstruire.
Je trouve ça triste.
En quoi ?