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Lectures, sorties, films... Et toutes ces choses dignes d'intérêt...
#1304002
Peintures, sculptures, dessins, photographies, mots, etc.

Pour le plaisir de partager… Cela vous changera peut-être les idées…


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Leblon-Delienne, Mickey #Take2 by Kelly Hoppen, 2019
Sculpture
Modifié en dernier par Kylian le 23 janv. 2020, 14:46, modifié 3 fois.
sandstorm ont aimé ça
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par Kylian
#1304003
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Vincent Bardou, Love, 2018
Modifié en dernier par Kylian le 17 janv. 2020, 20:33, modifié 5 fois.
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par Kylian
#1304059
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Seaty, Kyoto 7, 2017
ImageSeaty, Kinshasa #8, 2019


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Seaty, Chelsea n°11, 2018
Modifié en dernier par Kylian le 17 janv. 2020, 20:29, modifié 3 fois.
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par Kylian
#1304061
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Nyne Factory, Who is the beast ?, 2015


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Nyne Factory, Means of existence, 2017


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Nyne Factory, Struggle for survival, 2015
Modifié en dernier par Kylian le 17 janv. 2020, 20:32, modifié 2 fois.
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par Kylian
#1304062
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Nyne Factory, Dreamlike, Revival, 2017


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Nyne Factory, Likeness, 2015


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Nyne Factory, Dreamlike, In your heart



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Nyne Factory, Split up, Cloudy memories



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Nyne Factory, Split up, Look ahead


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Nyne Factory, Dreamlike, Your own world, 2017


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Nyne Factory, Blow up, Be bold
Modifié en dernier par Kylian le 17 janv. 2020, 20:35, modifié 5 fois.
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par Kylian
#1304063
ImageIrina Samobrod, Addicted, 2016


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Isabelle Filion, Délicatesse, 2018


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Paitoon Jumee, Eternity, 2015
Modifié en dernier par Kylian le 17 janv. 2020, 20:39, modifié 4 fois.
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par Kylian
#1304064
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Monika Nowak, Pandora 4, 2017
Édition


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Onemizer, Peace and Love, 2018
Édition


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Hervé Dunoyer, Fauvisme, 2016
Photographie
Modifié en dernier par Kylian le 17 janv. 2020, 20:44, modifié 1 fois.
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par Kylian
#1304065
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Michal Lukasiewicz, The Dancer, 2016


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Nathaly Vera, Éclat, 2016


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Michal Lukasiewicz, Observing, 2017
Modifié en dernier par Kylian le 17 janv. 2020, 20:47, modifié 4 fois.
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par Kylian
#1304067
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Lantomo, Lightness 3, 2018
Dessin


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Thrashbird, Little Angels
Peinture


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Lantomo, Lightness 2, 2018
Dessin
Modifié en dernier par Kylian le 17 janv. 2020, 20:49, modifié 1 fois.
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par Kylian
#1304068
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Noir Artist, Drawing “Fragment XX”


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Dr. Draw, Éphémère 4.0.7, 2018


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Panda


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Noir Artist, Hope, 2018
Modifié en dernier par Kylian le 24 janv. 2020, 18:35, modifié 7 fois.
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par Kylian
#1304069
Il lui disait : Vois-tu…

Il lui disait : « Vois-tu, si tous deux nous pouvions,
L'âme pleine de foi, le cœur plein de rayons,
Ivres de douce extase et de mélancolie,
Rompre les mille nœuds dont la ville nous lie ;
Si nous pouvions quitter ce Paris triste et fou,
Nous fuirions ; nous irions quelque part, n'importe où,
Chercher loin des vains bruits, loin des haines jalouses,
Un coin où nous aurions des arbres, des pelouses ;
Une maison petite avec des fleurs, un peu
De solitude, un peu de silence, un ciel bleu,
La chanson d'un oiseau qui sur le toit se pose,
De l'ombre ; — et quel besoin avons-nous d'autre chose ? »

Victor Hugo



Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche,
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre.
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d'être en ne pensant pas.
Ils s'appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N'a jamais de figure et n'a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
Ils sont les passants froids sans but, sans nœud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s'écroule en nuage ;
Ceux qu'on ne connaît pas, ceux qu'on ne compte pas,
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
L'ombre obscure autour d'eux se prolonge et recule ;
Ils n'ont du plein midi qu'un lointain crépuscule,
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
Ils errent près du bord sinistre de la nuit.

Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l'on va,
Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,
Regarder sans respect l'astre, la fleur, la femme,
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l'âme,
Pour de vains résultats faire de vains efforts,
N'attendre rien d'en haut ! ciel ! oublier les morts !
Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
Fiers, puissants, ou cachés dans d'immondes repaires,
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
Et j'aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, cœurs morts, races déchues,
Un arbre dans les bois qu'une âme en vos cohues !

Victor Hugo
Modifié en dernier par Kylian le 08 févr. 2020, 22:55, modifié 5 fois.
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par Kylian
#1304070
« […] si un père de famille innocent est livré aux mains de l’erreur, ou de la passion, ou du fanatisme ; si l’accusé n’a de défense que sa vertu ; si les arbitres de sa vie n’ont à risquer en l’égorgeant que de se tromper ; s’ils peuvent tuer impunément par un arrêt, alors le cri public s’élève […]. »


« Il s’agissait, dans cette étrange affaire, de religion, de suicide, de parricide ; il s’agissait de savoir si un père et une mère avaient étranglé leur fils pour plaire à Dieu, si un frère avait étranglé son frère, si un ami avait étranglé son ami, et si les juges avaient à se reprocher d’avoir fait mourir sur la roue un père innocent […]. »


« Quelque fanatique de la populace s’écria que Jean Calas avait pendu son propre fils Marc-Antoine. Ce cri, répété, fut unanime en un moment. »


« Les esprits une fois émus ne s’arrêtent point. »


« Et c’est de nos jours ! et c’est dans un temps où la philosophie a fait tant de progrès ! et c’est lorsque cent académies écrivent pour inspirer la douceur des mœurs ! Il semble que le fanatisme, indigné depuis peu des succès de la raison, se débatte sous elle avec plus de rage. »


« On n’avait, on ne pouvait avoir aucune preuve contre la famille ; mais la religion trompée tenait lieu de preuve. »


« Il semble que quand il s’agit d’un parricide et de livrer un père de famille au plus affreux supplice, le jugement devrait être unanime, parce que les preuves d’un crime si inouï devraient être d’une évidence sensible à tout le monde : le moindre doute dans un cas pareil doit suffire pour faire trembler un juge qui va signer un arrêt de mort. La faiblesse de notre raison et l’insuffisance de nos lois se font sentir tous les jours ; mais dans quelle occasion en découvre-t-on mieux la misère que quand la prépondérance d’une seule voix fait rouer un citoyen ? Il fallait, dans Athènes, cinquante voix au-delà de la moitié pour oser prononcer un jugement de mort. »


« Le motif de l’arrêt était aussi inconcevable que tout le reste. Les juges qui étaient décidés pour le supplice de Jean Calas persuadèrent aux autres que ce vieillard faible ne pourrait résister aux tourments, et qu’il avouerait sous les coups des bourreaux son crime et celui de ses complices. Ils furent confondus, quand ce vieillard, en mourant sur la roue, prit Dieu à témoin de son innocence, et le conjura de pardonner à ses juges. »


« Cette femme, presque arrosée du sang de son mari, ayant tenu son fils aîné mort entre ses bras, voyant l’autre banni, privée de ses filles, dépouillée de tout son bien, était seule dans le monde, sans pain, sans espérance, et mourante de l’excès de son malheur. Quelques personnes, ayant examiné mûrement toutes les circonstances de cette aventure horrible, en furent si frappées qu’elles firent presser la dame Calas, retirée dans une solitude, d’oser venir demander justice au pied du trône. Elle ne pouvait pas alors se soutenir, elle s’éteignait ; et d’ailleurs, […] le nom seul de la ville de Paris l’effrayait. Elle s’imaginait que la capitale du royaume devait être encore plus barbare que celle du Languedoc. Enfin le devoir de venger la mémoire de son mari l’emporta sur sa faiblesse. Elle arriva à Paris prête d’expirer. Elle fut étonnée d’y trouver de l’accueil, des secours, et des larmes. »


« La pitié pénétra jusqu’au ministère, malgré le torrent continuel des affaires, qui souvent exclut la pitié, et malgré l’habitude de voir des malheureux, qui peut endurcir le cœur encore davantage. »


« La philosophie, la seule philosophie, […] a désarmé des mains que la superstition avait si longtemps ensanglantées […]. »


« [La] tolérance n’a jamais excité de guerre civile ; l’intolérance a couvert la terre de carnage. »


« Le grand moyen de diminuer le nombre des maniaques, s’il en reste, est d’abandonner cette maladie de l’esprit au régime de la raison, qui éclaire lentement, mais infailliblement, les hommes. Cette raison est douce, elle est humaine, elle inspire l’indulgence, elle étouffe la discorde, elle affermit la vertu, elle rend aimable l’obéissance aux lois, plus encore que la force ne les maintient. »


« Le droit humain ne peut être fondé en aucun cas que sur ce droit de nature ; et le grand principe, le principe universel de l’un et de l’autre, est, dans toute la terre : “Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît.” »


« Le droit de l’intolérance est […] absurde et barbare : c’est le droit des tigres, et il est bien horrible, car les tigres ne déchirent que pour manger, et nous nous sommes exterminés pour des paragraphes. »


« […] il faut dans un tribunal des faits avérés, des chefs d’accusation précis et circonstanciés : c’est ce que le procès de Socrate ne nous fournit point ; nous savons seulement qu’il eut d’abord deux cent vingt voix pour lui. Le tribunal des Cinq-cents possédait donc deux cent vingt philosophes : c’est beaucoup ; je doute qu’on les trouvât ailleurs. Enfin la pluralité fut pour la ciguë ; mais aussi songeons que les Athéniens, revenus à eux-mêmes, eurent les accusateurs et les juges en horreur ; que Mélitus, le principal auteur de cet arrêt, fut condamné à mort pour cette injustice ; que les autres furent bannis, et qu’on éleva un temple à Socrate.

Jamais la philosophie ne fut si bien vengée ni tant honorée. L’exemple de Socrate est au fond le plus terrible argument qu’on puisse alléguer contre l’intolérance. Les Athéniens avaient un autel dédié aux dieux étrangers, aux dieux qu’ils ne pouvaient connaître. Y a-t-il une plus forte preuve non seulement d’indulgence pour toutes les nations, mais encore de respect pour leurs cultes ? »


« Chez les anciens Romains, depuis Romulus jusqu’aux temps où les chrétiens disputèrent avec les prêtres de l’empire, vous ne voyez pas un seul homme persécuté pour ses sentiments. Cicéron douta de tout, Lucrèce nia tout ; et on ne leur en fit pas le plus léger reproche. La licence même alla si loin que Pline le Naturaliste commence son livre par nier un Dieu, et par dire qu’il en est un, c’est le soleil. Cicéron dit, en parlant des enfers : “Non est anus tam excors quae credat ; il n’y a pas même de vieille imbécile pour les croire.” […]. »


« Festus leur répondit (saint Paul, Actes, chapitre XXV, v. 16) : “Ce n’est point la coutume des Romains de condamner un homme avant que l’accusé ait ses accusateurs devant lui, et qu’on lui ait donné la liberté de se défendre.” »


« C’est au lecteur sage de voir jusqu’à quel point on doit se défier de la véracité des historiens, quelle créance on doit avoir pour des faits publics attestés par des auteurs graves, nés dans une nation éclairée, et quelles bornes on doit mettre à sa crédulité sur des anecdotes que ces mêmes auteurs rapportent sans aucune preuve. »


« Tant de causes secrètes se mêlent souvent à la cause apparente, tant de ressorts inconnus servent à persécuter un homme, qu’il est impossible de démêler dans les siècles postérieurs la source cachée des malheurs des hommes les plus considérables, à plus forte raison celle du supplice d’un particulier qui ne pouvait être connu que par ceux de son parti. »


« Mais quoi ! sera-t-il permis à chaque citoyen de ne croire que sa raison, et de penser ce que cette raison éclairée ou trompée lui dictera ? Il le faut bien (voyez l’excellente Lettre de Locke sur la tolérance), pourvu qu’il ne trouble point l’ordre. »


« Vous savez que l’intolérance ne produit que des hypocrites ou des rebelles : quelle funeste alternative ! »


« Il faut, ce me semble, avoir renoncé à la lumière naturelle, pour oser avancer que les bêtes ne sont que des machines. Il y a une contradiction manifeste à convenir que Dieu a donné aux bêtes tous les organes du sentiment, et à soutenir qu’il ne leur a point donné de sentiment.

Il me paraît encore qu’il faut n’avoir jamais observé les animaux pour ne pas distinguer chez eux les différentes voix du besoin, de la souffrance, de la joie, de la crainte, de l’amour, de la colère, et de toutes leurs affections ; il serait bien étrange qu’ils exprimassent si bien ce qu’ils ne sentiraient pas. »


« Très peu instruits de ce qui touche nos sens, nous ne pouvons rien connaître par nous-mêmes de ce qui est au-delà des sens. »


« Il faut que l’esprit d’intolérance soit appuyé sur de bien mauvaises raisons, puisqu’il cherche partout les plus vains prétextes. »


« Il y a un extrême courage à courir à la mort en la redoutant. »


« L’exaction forcée d’une religion est une preuve évidente que l’esprit qui la conduit est un esprit ennemi de la vérité. (Dirois, docteur de Sorbonne, livre VI, chap. IV.)

La foi ne s’inspire pas à coups d’épée. (Cerisiers, Sur les règnes de Henri IV et de Louis XIII.)

Il en est de la religion comme de l’amour : le commandement n’y peut rien, la contrainte encore moins ; rien de plus indépendant que d’aimer et de croire. (Amelot de La Houssaie, sur les Lettres du cardinal d’Ossat.) »


« Mais ces gens charitables ne considéraient pas qu’il n’est pas permis de faire un petit mal pour un grand bien ; qu’ils n’avaient aucun droit sur la vie de ces petits enfants ; que la plupart des pères et mères sont assez charnels pour aimer mieux avoir auprès d’eux leurs fils et leurs filles que de les voir égorger pour aller en paradis, et qu’en un mot, le magistrat doit punir l’homicide, quoiqu’il soit fait à bonne intention. »


« […] plusieurs personnes sont toujours plus instruites qu’une seule. Nul ne doit croire qu’il en sait plus que les autres, et que la raison n’habite que dans sa tête ; c’est ainsi que l’enseigne notre grand Confucius » [dit le mandarin.]


« Chaque jour la raison pénètre en France, dans les boutiques des marchands comme dans les hôtels des seigneurs. Il faut donc cultiver les fruits de cette raison, d’autant plus qu’il est impossible de les empêcher d’éclore. On ne peut gouverner la France, après qu’elle a été éclairée par les Pascal, les Nicole, les Arnauld, les Bossuet, les Descartes, les Gassendi, les Bayle, les Fontenelle, etc., comme on la gouvernait du temps des Garasse et des Menot. »


« Mais de toutes les superstitions, la plus dangereuse, n’est-ce pas celle de haïr son prochain pour ses opinions ? »


« Moins de dogmes, moins de disputes ; et moins de disputes, moins de malheurs : si cela n’est pas vrai, j’ai tort. »


« Que faut-il pour être heureux dans la vie à venir ? être juste. »


« Pour être heureux dans celle-ci, autant que le permet la misère de notre nature, que faut-il ? être indulgent. »


« Non seulement il est bien cruel de persécuter dans cette courte vie ceux qui ne pensent pas comme nous, mais je ne sais s’il n’est pas bien hardi de prononcer leur damnation éternelle. Il me semble qu’il n’appartient guère à des atomes d’un moment, tels que nous sommes, de prévenir ainsi les arrêts du Créateur. »


« Il y a dans l’Europe quarante millions d’habitants qui ne sont pas de l’Église de Rome, dirons-nous à chacun d’eux : “Monsieur, attendu que vous êtes infailliblement damné, je ne veux ni manger, ni contracter, ni converser avec vous ?” »


« Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.

Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible. Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. »


« Armande, dans Les Femmes savantes :

Quand sur une personne on prétend se régler,
C’est par les beaux côtés qu’il lui faut ressembler. (Acte I, scène 1) »


« Ainsi donc, quand la nature fait entendre d’un côté sa voix douce et bienfaisante, le fanatisme, cet ennemi de la nature, pousse des hurlements ; et lorsque la paix se présente aux hommes, l’intolérance forge ses armes. O vous, arbitre des nations, qui avez donné la paix à l’Europe, décidez entre l’esprit pacifique et l’esprit meurtrier ! »


« […] nous n’avons été animés que d’un esprit de justice, de vérité, et de paix, quand nous avons écrit ce que nous pensons de la tolérance, à l’occasion de Jean Calas, que l’esprit d’intolérance a fait mourir. »


« La nature dit à tous les hommes : Je vous ai tous fait naître faibles et ignorants, pour végéter quelques minutes sur la terre, et pour l’engraisser de vos cadavres. Puisque vous êtes faibles, secourez-vous ; puisque vous êtes ignorants, éclairez-vous et supportez-vous. Quand vous seriez tous du même avis, ce qui certainement n’arrivera jamais, quand il n’y aurait qu’un seul homme d’un avis contraire, vous devriez lui pardonner : car c’est moi qui le fais penser comme il pense. Je vous ai donné des bras pour cultiver la terre, et une petite lueur de raison pour vous conduire ; j’ai mis dans vos cœurs un germe de compassion pour vous aider les uns les autres à supporter la vie. N’étouffez pas ce germe, ne le corrompez pas, apprenez qu’il est divin, et ne substituez pas les misérables fureurs de l’école à la voix de la nature.

C’est moi seule qui vous unis encore malgré vous par vos besoins mutuels, au milieu même de vos guerres cruelles si légèrement entreprises, théâtre éternel des fautes, des hasards, et des malheurs. […]

Il y a un édifice immense dont j’ai posé le fondement de mes mains : il était solide et simple, tous les hommes pouvaient y entrer en sûreté ; ils ont voulu y ajouter les ornements les plus bizarres, les plus grossiers, et les plus inutiles ; le bâtiment tombe en ruine de tous les côtés ; les hommes en prennent les pierres, et se les jettent à la tête ; je leur crie : Arrêtez, écartez ces décombres funestes qui sont votre ouvrage, et demeurez avec moi en paix dans l’édifice inébranlable qui est le mien. »


« On l’avait menacé du supplice ; la question et la mort avaient été présentées à ses yeux ; un mot lui aurait pu rendre sa liberté : il aima mieux s’exposer au supplice que de prononcer ce mot, qui aurait été un mensonge. »


Voltaire, Traité sur la tolérance, 1763
Modifié en dernier par Kylian le 02 mars 2020, 06:27, modifié 9 fois.
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par Kylian
#1304071
« Toi qui es indifférent aux malheurs des autres.
Tu ne mérites pas d’être nommé un Homme. »

Saadi, Gulistan


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« La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil. »

Jean Anouilh, Antigone


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« Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. »

Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène


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« S'il vous arrive d'être triste, regardez le ciel un beau soir d'été, lorsque la nuit de velours est parsemée d'étoiles ; et quand vous verrez une étoile filante déchirer l'obscurité, changeant la nuit en jour, faites un vœu, et pensez à moi... »

Jack (Robin Williams), Jack


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« Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. »

Molière, Le Misanthrope


« Et l'absence de ce qu'on aime, quelque peu qu'elle dure, a toujours trop duré. »

Molière, Amphitryon


« Si c’est votre façon d’aimer, je vous prie de me haïr. »

Molière, Le Sicilien, ou L’Amour peintre


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« Non, je n’oublie point, je n’oublierai jamais ce que je me dois, ce que je dois à des nœuds que j’ai formés, que je respecte et que je chéris ; et je vous prie de croire que, si jamais je me trouvais réduite à ce choix malheureux, de les sacrifier ou de me sacrifier moi-même, je ne balancerais pas un instant. »

« […] cet empire que j’ai perdu sur mes sentiments, je le conserverai sur mes actions ; oui, je le conserverai, j’y suis résolue […] »

Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses


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« Je la quittai en lui demandant la permission de la revoir le jour même; elle y consentit, et je l'ai revue. Depuis ce temps, soleil, lune, étoiles, peuvent s'arranger à leur fantaisie; je ne sais plus quand il est jour, quand il est nuit : l'univers autour de moi a disparu. »

Goethe, Les souffrances du jeune Werther


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« Du bonheur à l’état pur, brut, natif, volcanique, quel pied ! C’était mieux que tout […] Mieux que la liberté... Mieux que la vie… »

Julien (Guillaume Canet), Jeux d’enfants


« Et là, ça a été le pire. Plus rien. Plus rien pendant 10 ans. Plus rien pendant 3652 jours et 3653 nuits. Fini le jeu, les jeux, le piment de mon existence. J’ai erré dans ma vie comme on erre dans une tragédie de Racine. Hermione version mec. Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? Ah, ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais… Sophie m’a assassiné… Trucidé, égorgé, baisé, enculé, et tant d’autres rimes tarées… Et puis j’ai fini par y penser à l’imparfait… Me résoudre au bonheur fade de ma naissance : l’amour, la famille, le boulot, l’antenne parabolique. Du Racine, j’vous dis. »

Julien, Jeux d’enfants


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[...]

PHÈDRE

Ah, cruel ! tu m’as trop entendue !
Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.
Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur :
J’aime ! Ne pense pas qu’au moment que je t’aime,
Innocente à mes yeux, je m’approuve moi-même ;
Ni que du fol amour qui trouble ma raison
Ma lâche complaisance ait nourri le poison ;
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Les dieux m’en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;
Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle
De séduire le cœur d’une faible mortelle.
Toi-même en ton esprit rappelle le passé :
C’est peu de t’avoir fui, cruel, je t’ai chassé ;
J’ai voulu te paraître odieuse, inhumaine ;
Pour mieux te résister, j’ai recherché ta haine.
De quoi m’ont profité mes inutiles soins ?
Tu me haïssais plus, je ne t’aimais pas moins ;
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J’ai langui, j’ai séché dans les feux, dans les larmes :
Il suffit de tes yeux pour t’en persuader,
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder…
Que dis-je ? cet aveu que je te viens de faire,
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?
Tremblante pour un fils que je n’osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr :
Faibles projets d’un cœur trop plein de ce qu’il aime !
Hélas ! je ne t’ai pu parler que de toi-même !
Venge-toi, punis-moi d’un odieux amour :
Digne fils du héros qui t’a donné le jour,
Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t’échapper ;
Voilà mon cœur : c’est là que ta main doit frapper.
Impatient déjà d’expier son offense,
Au-devant de ton bras je le sens qui s’avance.
Frappe : ou si tu le crois indigne de tes coups,
Si ta haine m’envie un supplice si doux,
Ou si d’un sang trop vil ta main serait trempée,
Au défaut de ton bras prête-moi ton épée ;
Donne.

[...]

Racine, Phèdre, Acte II, Scène V


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« La plus haute de toutes les folies, disait-elle, est de rougir des penchants que nous avons reçus de la nature ; et se moquer d'un individu quelconque qui a des goûts singuliers, est absolument aussi barbare qu'il le serait de persifler un homme ou une femme sorti borgne ou boiteux du sein de sa mère, mais persuader ces principes raisonnables à des sots, c'est entreprendre d'arrêter le cours des astres. Il y a une sorte de plaisir pour l'orgueil, à se moquer des défauts qu'on n'a point, et ces jouissances-là sont si douces à l'homme et particulièrement aux imbéciles, qu'il est très rare de les y voir renoncer... Ça établit des méchancetés d'ailleurs, de froids bons mots, de plats calembours, et pour la société, c'est-à-dire pour une collection d'êtres que l'ennui rassemble et que la stupidité modifie, il est si doux de parler deux ou trois heures sans avoir rien dit, si délicieux de briller aux dépens des autres et d'annoncer en blâmant un vice qu'on est bien éloigné de l'avoir... c'est une espèce d'éloge qu'on prononce tacitement sur soi-même; à ce prix-là on consent même à s'unir aux autres, à faire cabale pour écraser l'individu dont le grand tort est de ne pas penser comme le commun des mortels, et l'on se retire chez soi tout gonflé de l'esprit qu'on a eu, quand on n'a foncièrement prouvé par une telle conduite que du pédantisme et de la bêtise. »

Marquis de Sade ; Augustine de Villeblanche, ou Le stratagème de l'amour


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« "Mademoiselle Albertine est partie !" Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m'analyser, j'avais cru que cette séparation sans s'être revus était justement ce que je désirais, et comparant la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu'elle me privait de réaliser, je m'étais trouvé subtil, j'avais conclu que je ne voulais plus la voir, que je ne l'aimais plus. Mais ces mots : « Mademoiselle Albertine est partie » venaient de produire dans mon cœur une souffrance telle que je sentais que je ne pourrais pas y résister plus longtemps. Ainsi ce que j'avais cru n'être rien pour moi, c'était tout simplement toute ma vie. Comme on s’ignore ! […] Je m’étais trompé en croyant voir clair dans mon cœur. Mais cette connaissance […] venait de m’être apportée, dure, éclatante, étrange, comme un sel cristallisé par la brusque réaction de la douleur. J’avais une telle habitude d’avoir Albertine auprès de moi, et je voyais soudain un nouveau visage de l’Habitude. Jusqu’ici je l’avais considérée surtout comme un pouvoir annihilateur qui supprime l’originalité et jusqu’à la conscience des perceptions ; maintenant je la voyais comme une divinité redoutable, si rivée à nous, son visage insignifiant si incrusté dans notre cœur que si elle se détache, ou si elle se détourne de nous, cette déité que nous ne distinguions presque pas nous inflige des souffrances plus terribles qu’aucune et qu’alors elle est aussi cruelle que la mort. »

Proust, À la recherche du temps perdu, VI, Albertine disparue
Modifié en dernier par Kylian le 02 mars 2020, 05:57, modifié 10 fois.
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par Kylian
#1304072
« Je t'aime dans le temps. Je t'aimerai jusqu'au bout du temps. Et quand le temps sera écoulé, alors, je t'aurai aimée. Et rien de cet amour, comme rien de ce qui a été, ne pourra jamais être effacé. »

Jean d'Ormesson, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit


« À Maubeuge, à Saint-Étienne, en Lozère, en Ardèche, à Saint-Chély-d'Apcher, à Loguivy-Plougras, un garçon ou une fille de vingt ans, ou de vingt-cinq, ou peut-être de quarante, vivent, à l'instant où je trace ces mots, une formidable aventure. Ils s'ennuient. Ils ont de la chance. Ils vont écrire un chef-d’œuvre.

Je voudrais crier aux jeunes gens dévorés de l'envie de laisser un nom dans ce monde qu'il y a quelque chose de mieux que de voyager : c'est de ne rien faire. Il y a quelque chose de mieux que d'avoir des aventures : c'est d'en inventer. Il y a quelque chose de mieux que de s'agiter : c'est de s'ennuyer.

J'écrirais volontiers un éloge de la paresse et de l'ennui. La paresse, rien de plus clair, est la mère des chefs-d’œuvre. Très loin de l'abrutissement qui naît des grands postes et des hautes fonctions, l'ennui est cet état béni où l'esprit désoccupé aspire à faire sortir du néant quelque chose d'informe et déjà d'idéal qui n'existe pas encore. L'ennui est la marque en creux du talent, le tâtonnement du génie. Dieu s'ennuyait avant de créer le monde. Newton était couché dans l'herbe et bayait aux corneilles quand il a vu tomber de l'arbre sous lequel il s'ennuyait la pomme de la gravitation universelle. Les petits esprits s'énervent au milieu de foules de choses, la plupart du temps inutiles. Les grands esprits ne font rien et s'ennuient comme Descartes "enfermé seul dans un poêle en Allemagne" avant de découvrir des cieux. Chateaubriand bâillait sa vie avant d'écrire Atala, et René, et les Mémoires d'outre-tombe.

L'essentiel est de fuir les occupations subalternes et d'éviter de se disperser dans des plaisirs ou des obligations d'emprunt, et puis de se donner tout entier à ce qui sera l’œuvre d'une vie. Proust renonce aux chroniques du snobisme et aux raouts dans le grand monde pour se claquemurer chez lui, entre ses murs couverts de liège, dans ses souvenirs et dans ses rêves d'où surgiront les miracles de Swann, d'Odette, de Françoise, d'Albertine, de la duchesse de Guermantes et du baron de Charlus. Dans un domaine très différent, Louis de Broglie sort lui aussi d'une banalité quotidienne où il ne faisait presque rien pour entrer d'un seul coup dans un rêve étoilé. Il ne passait pas pour le plus doué des siens qui avaient tous brillé dans la guerre, dans la politique, dans les lettres. Lui, c'était plus modeste : il s'occupait d'histoire, de généalogie, d'une collection de timbres-poste, il brillait au bridge et aux échecs, lorsque, un beau jour, à Bruxelles, à l'occasion d'un congrès savant où l'avait entrainé son frère Maurice, il découvre par hasard la grandeur farouche d'une physique mathématique qui le mènera jusqu'à la mécanique ondulatoire. "Monsieur, lui dira plus tard Léon Blum en lui remettant l'ordre le plus élevé dans la Légion d'honneur, vous appartenez à une famille où le talent était héréditaire avant que le génie y entrât."

Le génie - ou quelque chose comme ça - descend aussi sur Loguivy-Plougras, sur Saint-Chély-d'Apcher, sur la chambre où le garçon - ou une fille -, peut-être venu d'ailleurs, peut-être découragé, se débat contre un destin hostile qui semble ne rien promettre. Voyager n'est pas mal. Le succès, c'est très bien. Être heureux, qui ne le souhaite ? S'ennuyer est bien mieux. C'est quand vous êtes perdu que vous commencez à être sauvé. La vie la plus banale, allumer le feu dans une cheminée, se promener dans les bois - Rousseau avait besoin de marcher pour aiguiser ses idées -, ronger son frein et son cœur parce qu'on n'est bon à rien, maudire le monde autour de soi, s'abandonner aux songes, ou, mieux encore ne rien faire du tout, ou, en tout cas le moins possible - avant, bien sûr de se jeter dans le travail à corps perdu -, peut mener autrement loin. »

Jean d'Ormesson, Qu'ai-je donc fait ?
Modifié en dernier par Kylian le 02 févr. 2020, 18:25, modifié 6 fois.
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par Kylian
#1304073
« Pensez à moi de temps en temps. Saluez le monde pour moi quand je ne serai plus là. C'est une drôle de machine à faire verser des larmes de sang et à rendre fou de bonheur. »

Jean d'Ormesson, Qu'ai-je donc fait ?


« Ce plaisir, que Racine nous donne dans la terreur et les larmes, Molière nous le donne dans les rires.
On sait que Molière ne reculait pas devant les contorsions, les gesticulations, les grimaces et que, déhanché et les pieds en dedans, il n'en faisait pas moins que Grock ou que Charlot. Il donnait à sa voix un débit très particulier et très rapide, entrecoupé de hoquets. Plus tard, il tira de sa toux des effets très comiques : c'était un symptôme de sa tuberculose.
Cette bouffonnerie où toutes les œillades étaient comptées et qui déclenchait le rire du public se combine, chez Molière, avec la gravité. La commedia dell'arte est très présente dans son théâtre et le rire, pourtant, s'y achève en sanglots.
Parce que la vie est comme ça. »

Jean d'Ormesson, Une autre histoire de la littérature française


« Le monde change, bien sûr, mais un de ses traits ne varie pas : tant qu’il y aura des Hommes, ils aspireront à autre chose. Autre chose que ce qu’ils ont déjà, autre chose que la vie de chaque jour, autre chose que la vie tout court. Ils ne vivent, chacun le sait et l'éprouve, que de rêves et d'espoir. Ils n'ont pas fini de rêver. »

Jean d'Ormesson, C'était bien


« Je crois qu'il faut savoir vivre, et quelquefois mourir, pour des choses - comment dire ? ... Choisies presque au hasard. Non pas tant parce qu'elles sont vraies - qu'est-ce que la vérité ? - mais parce qu'elles vous paraissent, à vous qui ne savez rien, plus belles, plus justes, plus grandes. Non pas tant parce qu'elles sont vraies, mais parce que vous les avez choisies. »

Jean d'Ormesson, Histoire du Juif errant


« Je suis un bon garçon. Au-delà même des mots et de leur musique, leur servant de source et de but, quelque chose de très obscur m'attache aux autres Hommes. Je préfère qu'on ne les torture pas, qu'on ne les massacre pas, qu'on ne les méprise pas, qu'on ne les détruise pas, qu'on ne les humilie pas d'une façon ou d'une autre. Je crois que la vie - et pas seulement la vie des Hommes - doit être respectée. Parce qu'une même espérance nous unit les uns aux autres et nous soutient tous ensemble. C'est cette espérance que les pédants, je crois, appellent la transcendance. »

Jean d'Ormesson, C'est une chose étrange à la fin que le monde


« C'est dans le présent que nous nous souvenons du passé, c'est dans le présent que nous nous projetons dans l'avenir. Le présent change tout le temps et il ne cesse jamais d'être là. […] Passagère et précaire, affreusement temporaire, coincée entre un avenir qui l'envahit et un passé qui la ronge, notre vie ne cesse jamais de se dérouler dans un présent éternel - ou quasi éternel - toujours en train de s'évanouir et toujours en train de renaître. »

Jean d'Ormesson, C'est une chose étrange à la fin que le monde


« J'ai passé mon temps à me demander ce que je faisais dans ce monde où j'ai été jeté, sinon par hasard, je n'en sais rien, du moins sans avoir été consulté. Deux sentiments opposés que j’éprouvais l'un et l'autre avec force me tiraient à hue et à dia : j'aimais ce monde à la folie ; et il m'était étranger - et trop souvent hostile.
J'aimais la vie. J'ai eu de la chance : je m'y sentais comme chez moi. Je grimpais sur les montagnes, je descendais les fleuves, je me baignais dans la mer. Les mots faisaient mon bonheur. […] Je me sentais plutôt bien et le moindre geste, la moindre parole, un sourire, un regard, suffisaient à me faire courir jusqu'au bout de la Terre.
Mais il y avait cette chanson. Ce refrain. Cette musique derrière la tête. À quoi bon ?
À quoi bon me jeter à la poursuite des choses et des êtres ? À quoi bon m’agiter ? À quoi bon vivre ? Peut-être la grâce du monde était-elle rongée en moi par quelque chose d'obscur qui relevait de la paresse ? De toutes les merveilles qui m'étaient offertes dans le monde et par la vie, celle que je mettais au-dessus de tout, c'était le sommeil. J'aimais dormir. Je m'en allais. Je partais en silence pour des rivages insensés. Je dormais et souvent je rêvais. »

Jean d'Ormesson, Qu'ai-je donc fait ?


« Les mots ont remplacé pour moi la patrie et la religion. C'est vrai : j'ai beaucoup aimé les mots. Ils sont la forme, la couleur et la musique du monde. Ils m'ont tenu lieu de patrie, ils m'ont tenu lieu de religion. »

Jean d'Ormesson, C'est une chose étrange à la fin que le monde


« Tout change. Tout se transforme. Tout s'écroule. Tout reste toujours semblable. Nous ne cessons jamais de rouler entre le bien et le mal, du chagrin à l'espoir et de l'espoir au chagrin, du désir à l'ennui et de l'ennui au désir. »

Jean d'Ormesson, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit


« Les sentiments dont on parle n’ont jamais l’épaisseur qu’ils avaient dans le silence. Et le temps qui s’écoule entre l’événement et le récit leur prête tous les reflets, toutes les réfractions du souvenir. Ce bonheur d’autrefois n’est-il pas chargé déjà de l’amour qu’il annonce et précède ? N’est-il pas affligé déjà de sa fin qu’il pressent ? Pour ne mentir jamais, il faudrait vivre seulement. Mais les projets secrets, tous les desseins du cœur, ses souvenirs étouffés, tout ce qu’il attend sans le dire, tout ce qu’il se rappelle sans l’avouer brisent déjà cette simplicité impossible. Laissons donc aux mots leur part inévitable d’imposture et d’ambiguïté. »

Jean d'Ormesson, Un amour pour rien


« Bonaparte :

Ce que j'ai combattu et brisé, c'est la violence, la haine, les excès des uns et des autres, les divisions, les factions. Plus de factions, je n'en veux plus. »

Jean d'Ormesson, La Conversation


« Ce qu’il faut dire, flambeau du monde, c’est qu’il n’y a rien d’autre que l’amour. Pour moi, comme pour Stendhal, comme pour beaucoup, j’imagine, l’amour a été la plus grande affaire de ma vie. Et peut-être la seule. J’ai aimé le soleil, la lumière, la mer – la Méditerranée, surtout, notre mer intérieure –, le ski au printemps, les livres, les chats, le cassoulet, les oliviers. J’ai surtout aimé l’amour. Du plus bas au plus haut. Le plaisir, la tendresse, la passion, la folie. Quand l’amour, le vrai amour, se combine à l’amour, il n’y a rien de plus fort, de plus grand, de plus beau. Je comprends très bien qu’il tourne la tête et les cœurs. Ce que quelques-uns cherchent dans les livres, dans la musique, dans le spectacle de la nature, dans le pouvoir ou dans l’argent, dans la drogue ou dans la mystique, l’amour le donne à chacun d’entre nous. Dans le sexe et hors du sexe, il offre à chacun le plus fort et le plus beau sentiment d’éternité qu’il nous soit permis de connaître. Il nous transporte au-dessus de nous-mêmes, il nous fait comme rois et possesseurs du monde, il frappe tout ce qui n’est pas lui d’insignifiance et de nullité. Avec le déshonneur, la ruine, la douleur physique ou morale, il nous fournit un des seuls motifs de mettre fin à notre vie. »

Jean d'Ormesson, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle


« Rien de plus beau que l'espérance — si ce n'est le souvenir, qui est l'inverse et la même chose : une espèce de cri du vivant vers la vie, une affirmation de l'être, une célébration de ce qui n'est plus et qui, pourtant, a été, un appel de ce qui doit être et qui n'est pas encore. Distinguez-vous ce jeu au loin entre le temps et la vie ? Il repose tout entier sur un mystère effrayant : quand il n'y aura plus rien, il y aura eu quelque chose et la mort elle-même n'efface pas le souvenir. »

Jean d'Ormesson, Histoire du Juif errant


« Si cruelle, souvent insupportable, la vie est semée de plaisirs. »

Jean d'Ormesson, Guide des égarés


« Nous ne cessons jamais de rejeter ce que - à tort ou à raison - nous considérons comme le mal et de rechercher l'image que nous nous faisons - à tort ou à raison - du bonheur et du bien. Même celui qui va se pendre ou se tirer une balle dans la tête se sert de sa liberté pour fuir le pire et trouver le bonheur ou quelque chose qui en tienne lieu. »

Jean d'Ormesson, Guide des égarés


« Le bonheur et le bien sont de brèves éclaircies dans les tempêtes du mal, des clairières éparses dans sa forêt obscure. Ils sont le charme vacillant et le but furtif de la vie. »

Jean d'Ormesson, Guide des égarés


« L'allégresse et l'angoisse. Ce n'est pas seulement en écrivant que je les ai ressenties. Ce qu'il y a peut-être de plus remarquable à la fois dans l'histoire et dans l'existence de chacun d'entre nous, c'est cette sorte d'équilibre qui n'est jamais rompu entre le bonheur et le malheur. On dirait qu'une force mystérieuse les empêche l'un et l'autre de s'installer pour toujours. Pour parler comme Aragon, rien n'est jamais acquis ni aux peuples ni aux hommes. Ni la force ni la faiblesse. […] Et, au plus profond de l'abîme, l'espérance est toujours là. »

Jean d'Ormesson, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit


« La vérité nous échappe. L'éternité nous fuit. C'est ton art qui les remplace et qui rend immortel. Il fixe le monde à jamais dans son éternité et dans sa vérité - dans ce qu'il peut atteindre de vérité et espérer d'éternité. Pour survivre et durer - c'est la revanche de la beauté sur la brutalité et la laideur de la vie -, il n'y a que le plus fragile : les sons, les formes, les couleurs et les mots. »

Jean d'Ormesson, Histoire du Juif errant
Modifié en dernier par Kylian le 02 févr. 2020, 18:20, modifié 3 fois.
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par Kylian
#1304074
« Écrire consiste évidemment d’abord à mettre un peu de soi-même dans le spectacle du monde. Personne ne voit jamais les choses qu’avec ses propres yeux. »

Jean d'Ormesson, Le vagabond qui passe sous une ombrelle trouée


« Et le passé est cruel parce que vous l’avez connu et qu’il vous a quittés à jamais. Et tout le désespoir du monde est dans ces mots : « à jamais ». »

Jean d'Ormesson, La création du monde


« Aveux, romans, remords, psychanalyse, confession, repentir : il n'y a que les mots pour sauver ceux qui souffrent d'eux-mêmes et de leur passé. »

Jean d'Ormesson, C'était bien


« Comme l'univers lui-même, la vie des hommes est un désastre et un enchantement. Un désastre parce que la fin est déjà inscrite dans le début. Un enchantement parce qu'il ne cesse de s'y passer des événements qui provoquent des émotions, des sentiments, des réflexions, de la passion. Un désastre parce qu'il y a la souffrance et le mal. Un enchantement parce qu'il y a l'espérance et l'amour. »

Jean d'Ormesson, Guide des égarés


« Ne gâche pas ton temps. En apparence, si lent, si long, inépuisable, sans fond, le temps passe très vite. Un jour, tu te retournes et tu découvres qu'il n'y en a plus. »

Jean d'Ormesson, Qu'ai-je donc fait ?


« Un des effets mineurs de la crise traversée par le monde était que mon grand-père, homme de tradition et de foi, commençait, à son tour, à ne plus croire à grand-chose. Trop de principes, trop de sacré, trop de forteresses de l'honneur et du respect avaient été ébranlés. Mon grand-père continuait à voir s'écrouler autour de lui ce qui restait encore debout du monde qu'il avait connu. »

Jean d'Ormesson, Au plaisir de Dieu


« Dans l'univers entier, avec son Soleil et sa Lune, et ses étoiles au loin, avec ses galaxies dont nous ne savons presque rien, avec son histoire pleine de tumultes qui semblent n'avoir aucun sens, avec ses conquérants, ses peintres, ses musiciens qui nous font honte de notre médiocrité, il n'y a que toi qui comptes pour moi.
J'écris pour toi. »

Jean d'Ormesson, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit


« […] ce qui m'est insupportable, c'est l'idée de ne plus te voir, de ne plus te parler, de ne plus t'écouter. Jamais plus. Jamais plus. Un voile noir tombe sur ma vie. Sur ce qui me reste à vivre. »

Jean d'Ormesson, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit


« Je regardais Marie. Elle était magnifique. Elle venait de briser ma vie. »

Jean d'Ormesson, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit


« Longtemps j'avais cru que les sentiments étaient univoques et tranchés à la façon des corps simples ou des couleurs fondamentales : on aimait, on ne s’aimait plus, on détestait, on regrettait, on espérait, on préférait. J'avais appris qu'ils étaient ambigus et contradictoires et qu'il était possible de regretter ses bourreaux, de craindre ce qu'on espérait, d'aimer encore ceux qu'on n'aimait plus, de préférer ce qu'on détestait. »

Jean d'Ormesson, Voyez comme on danse


« Rien n’occupe autant les jeunes gens dignes d’estime que les espoirs insensés et le chagrin de leur perte. »

Jean d'Ormesson, Un amour pour rien


« À côté des horreurs qui n'avaient jamais cessé de s'enchaîner les unes aux autres et en attendant les désastres qui ne pouvaient manquer de survenir, il y avait aussi des roses, des instants filés de soie à toutes les heures de la journée, de vieilles personnes irascibles qui laissaient derrière elles un souvenir de tendresse, des enfants à aimer, de jolies choses à lire, à voir, à écouter, de très bonnes choses à manger et à boire, des coccinelles pleines de gaieté sous leur damier rouge et noir, des dauphins qui étaient nos amis, de la neige sur les montagnes, des îles dans une mer très bleue. »

Jean d'Ormesson, C'était bien


« Le seul sort du bonheur est de se changer en souvenir. [...] La vie est un songe et le mieux est d'en rire. »

Jean d'Ormesson, C’est une chose étrange à la fin que le monde


« Nous sommes les enfants des étoiles. Nous sommes de la poussière d’étoiles, affinée par le temps. »

Jean d'Ormesson, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit


« La vie a toujours été et sera toujours une souffrance – et elle est un miracle : elle est une fête en larmes. »

Jean d'Ormesson, C'était bien


« Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte
Et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.
[…]
Dites doucement mais clairement votre vérité.
Ecoutez les autres, même les simples d’esprit et les ignorants :
Ils ont eux aussi leur histoire.
Evitez les individus bruyants et agressifs :
Ils sont une vexation pour l’esprit.
Ne vous comparez avec personne :
Il y a toujours plus grands et plus petits que vous.
[…]
Soyez vous-même.
[…]
Fortifiez-vous une puissance d’esprit
Pour vous protéger en cas de malheur soudain.
Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères.
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.
Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même.
Vous êtes un enfant de l’univers. Pas moins que les arbres et les étoiles.
Vous avez le droit d’être ici.
[…]
Quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez,
dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre cœur.
Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. »

Jean d'Ormesson, Comme un chant d'espérance


« Il y a dans toute existence au moins deux interrogations auxquelles se mêle un peu d'angoisse. L'une au début : que faire ? Elle m'a tourmenté jusqu'aux larmes. L'autre à la fin : qu'ai-je donc fait ? »

Jean d'Ormesson, C'était bien


« Qu'ai-je donc fait ? J'ai été heureux dans un monde cruel dont j'ai admiré presque tout jusque dans les chagrins. »

Jean d'Ormesson, Qu'ai-je donc fait ?
Modifié en dernier par Kylian le 22 janv. 2020, 07:51, modifié 3 fois.
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par Kylian
#1304075
Écrire

♪ Rêver, chercher, apprendre
N’avoir que l’écriture et pour Maître et pour Dieu
Tendre à la perfection à s’en crever les yeux
Choquer l’ordre établi pour imposer ses vues

Pourfendre… Choisir, saisir, comprendre
Remettre son travail cent fois sur le métier
Salir la toile vierge, et pour mieux la souiller
Faire hurler, sans pudeur, tous ses espaces nus

Surprendre
Traverser les brouillards de l’imagination
Déguiser le réel de lambeaux d’abstraction
Désenchaîner le trait par mille variations

Tuant les habitudes… Changer, créer, détruire
Pour briser les structures à jamais révolues
Prendre les contre-pieds de tout ce qu’on a lu
S’investir dans son œuvre à cœur et corps veux-tu

Écrire… de peur, de sueur, d’angoisse
Souffrant d’une étrange langueur
Qui s’estompe parfois, mais qui refait bientôt surface
User de sa morale en jouant sur les mœurs
Et les idées du temps
Imposer sa vision des choses et des gens
Quitte à être pourtant maudit

Aller jusqu’au scandale
Capter de son sujet la moindre variation
Explorer sans relâche et la forme et le fond
Et puis l’œuvre achevée, tout remettre en question
Déchiré d’inquiétude

Souffrir, maudire
Réduire l’art à sa volonté brûlant d’énergie
Donner aux sujets morts comme un semblant de vie
Et lâchant ses démons sur la page engourdie

Écrire, Écrire
Écrire comme on parle et l’on crie

Il nous restera ça
Il nous restera ça… ♪

Charles Aznavour, Écrire


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Terreur du mensonge

Oui, j’endure aujourd’hui le pire des tourments,
Tu m’as menti… Tu m’as trompé… Et tu me mens ! …

Mensonge caressant qui glisse de ta bouche !
Ô serment que l’on croit, ô parole qui touche !

Ô multiples douleurs qui s’abattent sur vous
Ainsi qu’un petit vent pluvieusement doux ! …

Comme un lilas ne peut devenir asphodèle,
Jamais tu ne seras ni franche ni fidèle.

Tu seras celle-là qui se dérobe et fuit
Plus sinueusement qu’un démon dans la nuit.

Ô toi que j’aime encor ! L’horreur de ton mensonge
Est dans mon cœur amer… Il me mord, il me ronge…

Je suis lasse d’avoir suivi les noirs chemins…
Col frêle qu’on voudrait prendre entre ses deux mains !

Renée Vivien, Dans un coin de violettes, 1910



Chanson

De ta robe à longs plis flottants
Ruissellent toutes les chimères,
Et tu m’apportes le printemps
Dans tes mains blondes et légères.

J’ai peur de ce frisson nacré
De tes frêles seins, je ne touche
Qu’en tremblant à ton corps sacré,
J’ai peur du charme de ta bouche.

Je me sens grandir jusqu’aux Dieux
Quand, sous mon orgueilleuse étreinte,
Le doux bleu meurtri de tes yeux
S’évanouit, lumière éteinte.

Mais quand, si blanche entre mes bras,
À mon cri d’amour qui se pâme,
Tu souris et ne réponds pas,
Tes yeux fermés me glacent l’âme…

J’ai peur, — c’est le remords spectral
Que l’extase ne saurait taire, —
De t’avoir peut-être fait mal
D’une caresse involontaire.

Renée Vivien, Études et Préludes, 1901


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Anatoline

♪ Nous serons le plus beau des tableaux de l’humain
Comme un pinceau d’amour, l’amour soudain vous peint
Si l’infinité, oui, portera ton nom
Puisque tes doigts de fée savent faire le frisson

[…]

Et crois bien, oui, que quoi qu’en disent les religions
Il n’est pas de Dieu, mon ange, qui condamne le frisson
Qu’il soit tout là-haut ou bien qu’il soit en bas
Il sait que l’amoureux n’a pas besoin de loi(s)

Et toi qui me fredonnes tous les mots des poètes
Infinité de toi, quand soudain la tempête
En tes yeux dit tout bas : prends-moi dans l’océan
Qui jaillira de moi pour faire de toi l’aimant

Qu’en papillons de lune, là, dans le clair-obscur
Nous nous réincarnions pour soigner la blessure
Et que l’étreinte nous mène bien plus loin que nous-mêmes
Pour que soudain la peine se transforme en « je t’aime » […] ♪

Damien Saez, Ni dieu ni maître, 22 novembre 2019


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Je te donne

♪ Les fleurs à inventer, les jouets d'une comète
Les raisons d'être fou, la folie dans ta tête
Des avions en allés vers tes désirs perdus
Et moi comme un radar à leurs ailes pendu
Des embruns dans tes yeux et la mer dans ton ventre
Un orgue dans ta voix chaque fois que je rentre
Des chagrins en couleurs riant à ton chevet
Les lampes de mes yeux pour mieux les éclairer

Les parfums de la nuit quand ils montent d'Espagne
Les accessoires du dimanche sous ton pagne
Les larmes de la joie quand elle est à genoux
Le rire du soleil quand le soleil s'en fout
Les souvenirs de ceux qui n'ont plus de mémoire
L'avenir en pilules, toi et moi pour y croire
Des passeports pour t'en aller t'Einsteiniser
Vers cet univers glauque où meurent nos idées

Des automates te parlant de mes problèmes
Et cette clef à remonter qui dit : « je t'aime »
Un jardin dans ton cœur avec un jardinier
Qui va chez mon fleuriste et t'invite à dîner
Des comptes (contes) indécis chez ton marchand de rêves
Un sablier à ton poignet des murs qui lèvent
Des chagrins brodés main pour t'enchaîner à moi
Des armes surréelles pour me tuer cent fois

Cette chose qu'on pense être du feu de Dieu
Cette mer qui remonte au pied de ton vacarme
Ces portes de l'Enfer devant quoi tu désarmes
Ces serments de la nuit qui peuplent nos aveux
Et cette joie qui fout le camp de ton collant
Ces silences perdus au bout d'une parole
Et ces ailes cassées chaque fois qu'on s'envole
Ce temps qui ne tient plus qu'à trois, deux, un… zéro…

Je te donne tout ça
Je te donne tout ça
Je te donne tout ça
Marie... ♪

Léo Ferré, Je te donne
Modifié en dernier par Kylian le 02 févr. 2020, 18:16, modifié 5 fois.
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par Kylian
#1304076
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Agnès Robin, Love isn't just a dream, 2019


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Agnès Robin, Déclaration d'amour, 2019


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Agnès Robin, Le nid, 2019
Modifié en dernier par Kylian le 22 janv. 2020, 08:16, modifié 3 fois.
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par Kylian
#1304077
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Isabelle Renou, Sans titre, 2017
Sculpture


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Lucie Lith, Toujours suspendu, 2019
Peinture


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Manoé, Effervescence, 2017
Peinture
Modifié en dernier par Kylian le 29 janv. 2020, 21:17, modifié 8 fois.
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par Kylian
#1304091
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Andres Bonino, 50x50 house study #02, 2018


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Polo 51.67, L'ourson de casa, 2018


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Andres Bonino, 50x50 house study #01, 2018
Modifié en dernier par Kylian le 22 janv. 2020, 08:18, modifié 6 fois.
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