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Lectures, sorties, films... Et toutes ces choses dignes d'intérêt...
par lilydr
#1013904
Bonsoir le Forum,

En bref : un thread où vous pouvez découvrir ou faire découvrir certains poètes.

Je commence, avec Titos Patrikios : http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%ADtos_Patr%C3%ADkios


MA LANGUE

J’ai eu du mal à préserver ma langue
parmi celles qui viennent l’engloutir
mais c’est dans ma langue seule que j’ai toujours compté
par elle j’ai ramené le temps aux dimensions du corps
par elle j’ai multiplié jusqu’à l’infini le plaisir
par elle je me rappelle un enfant
et sur son crâne rasé la marque d’un caillou.
Je me suis efforcé de ne pas en perdre un mot
car tous me parlent dans cette langue---même les morts.

VILLE DE LA GRECE DU SUD

Cette ville m’a brisé, comme jadis
pouvait me briser une ville
avec ses casernes ses usines vides
ses murs noirs aux tessons coupants
ses rues étroites, sèches, sans arbres
avec ses femmes noiraudes, vaguement salées
vives, changeantes, œil de charbon
peau mate, et juste un peu suantes
comme il en convient aux amours passagères
dans l’ombre d’une plage écartée
pleine de pierres, de goudron, de ferraille, de ronces.
Cette ville me guérit par ses nuits
Les nuits de mon pays, inchangées.

LES ZEBRES

Lumière entre les lattes en bois
des persiennes mi-closes
à gauche sur la place de la gare
lumière qui tombait découpée en lanières
nous couvrant d'une peau de zèbre
et les deux zèbres luttaient dans la lumière et l'ombre
marqués de rayures blanches et noires en diagonale
par les phares des voitures
plongée blanche et noire dans ta chair.
Parfois je vois encore après tant d'années
des marques blanches et noires de zèbre sur ma peau
étant seul à l'hôtel dans une ville du bord de mer.



A vous...
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J'accède au test

par lilydr
#1014272
AUX FRÈRES INDICATEURS

L'indicateur n'a pas maintenant à être dans mon ombre
Et lapider les oiseaux sur ma lèvre
Car je suis le roi de la nuit
Et je n'ai point de secret...
Sauf mon visage
Et mon encre qui coule sur le nombril de la capitale
Et que cela soit:
Je passerai seul la journée
Un sein me troublera soudain
Je saluerai le drapeau !
Un enfant m'interrogera sur les frontières du pays
Je l'interrogerai sur les confins de la langue
Et advienne que pourra
Seulement...
L'indicateur n'a pas à être dans mon ombre
Et tuer les oiseaux sur ma lèvre
Car je suis le roi de la nuit
J'ai pitié de tous les indicateurs
Et suis dur pour une lèvre froide

Mohammed al-Sghaier Ouled Ahmed. Poète tunisien
Avatar du membre
par louma
#1014772
Patrikios évoque sa langue, j'aurais aimé maîtriser le grec pour lire ses poèmes au plus près.
Pour relire Kazantzaki à l'ombre d'un tamari..
Merci pour le partage.
par WTCMB
#1014896
Un brin de nostalgie me gagne quand je repense à ce poème, peut être parce que c'est un des tout premiers que j'ai appris à l'école primaire. Et qu'on a continué à me bassiner avec dans d'autres classes.

Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Modifié en dernier par WTCMB le 01 avr. 2015, 15:20, modifié 1 fois.
par WTCMB
#1014899
Quand je vois ton visage,
les pierres tournent et volent.
tu m’apparais et la pensée cessant
je perds ma place.

L’eau coule en perles
le feu crépite sans nuire.
En ta présence s’en va l’envie
de ce que je pense désirer,
trois lampes pantelantes qui luisent…

Au coeur de ta face
les manuscrits anciens
paraissent miroirs rouillés.

Tu respires et
de formes nouvelles jaillissent et
l’air du refrain d’un entrain
aussi enclin que le printemps
se meut comme un immense wagon.
Roule doucement.

De nous,
certains avancent en trébuchant.
Ce jour comme tous les autres,
nous émergeons vides et apeurés.

Trêve de lectures et d’études,
Joues de la cymbale.
Que la beauté volupté
soit de nos actes habitée.

Il est mille et une manières folles
de rendre grâce et baiser le sol.
Au delà des schémas manichéens,
existe un terrain,
je t’y rencontrerai.

Quand l’âme s’étend sur l’herbe,
le monde devient trop plein
pour être plaint.
L’idée, la langue, le chacun
plus rien n’a de sens.

Le vent de l’aube a des secrets à te partager,
ne retourne pas t’allonger.
Tu dois t’enquérir de ce qui t’importe,
ne retourne pas t’allonger.

Des gens vont et viennent
à travers la porte d’où
les deux mondes se tiennent.

La porte est ronde et large,
ne retourne pas t’allonger.
Je veux t’embrasser.
Le prix du baiser est ta vie.

Mon aimer court vers mon vivre en criant.
Comme tu marchandes, baises moi!

Lumière divine,
pleine de particules dansantes
et toi grand rond grondant,
nos âmes dansent avec toi,
sans pieds, elles dansent,

les vois tu quand je te murmure à l’oreille?
Ils spéculent sur ta nature,
spirituelle ou sensuelle?
Ils spéculent sur Salomon et son harem

Dans le corps du monde dit on,
une âme habite
et c’est toi.

Certaines voies dans chacun
ne peuvent être ouïes par aucun.
Viens à la prairie au printemps,
on y trouve paix et vin,
nymphes cachées dans les orchidées.

Si tu ne viens pas,
rien de tout
n’a d’importance.
Si tu ne viens pas,
rien de tout ça n’importe.



Jalâl ud Dîn Rumi , (Balkh, Khorasan, 1210 — Konya, Anatolie, 1273)
par kailash
#1015159
Paf ! l'a chu, la grande idôlée.
L'était belle et tant cajolée ;
Paf ! l'a chu d'un' seul' tribolée.

Dans ses mâchefers, ses plâtras,
Ses tracas, ses cas, ses fatras
Paf, l'a chu, l'est tote à plat

Z'orgues, vous peut bien gazouiller.
Z'encens, vous peut bien grésiller.
Z'esprits, vous peut bien zézayer.

Paf, l'a chu et l'est tote à plat.

Fallait pas qu'ell' fass' tant semblant.
Fallait pas qu'ell' no saigne à blanc.
Fallait du coeur, fallait du flanc.

N'en avait plus, n'en avait pas.
N'avait plus qu' feintise et blabla :
L'a bien chu, paf, l'est tote à plat.

Norge
par lilydr
#1021786
Cadeau...


POURQUOI JE RÉCHAUFFAIS
CE CADAVRE D'AMOUR

A cause de toi,
je tenais en laisse avec dureté
ma raison,
pour l'empêcher de mordre.

Notre amour était
la peur
de deux tombes
qui s'aimaient.

Deux tombes sans sépulture
depuis longtemps putréfiées.

Chacun de nos baisers
est devenu
la mer morte.

Mais
il n'y a pas d'oubli.

Je survole
à jamais
ta mort.

Mon taureau
mortifié,
avec son rugissement
se reconnaît en toi.

Combien de fois
j'ai conquis ton corps
comme l'aliéné la sagesse;
il m'est resté secret.

Tu voulais que je chante tes seins,
ces rêves que j'avais ôtés
aux enfants.

Chantons,
mon cadavre d'amour réchauffé,
cette chanson de l'encens,
pour le jour de la Résurrection.

Slobodan Jovalekic
par lilydr
#1031089
Patrizia Valduga


Tout au long de cette nuit-là j’écoutais
l’andante du quintette à deux altos…
Hélas, hélas, ce n’est qu’un temps de mots
et de très faibles hommes ! Inconscient !
inconscient et bravache…mais à présent
qu’importe, malgré mon envie de vomir.
Et si j’allais au contraire m’enquérir
très ,dans l’enfance, en profondeur.
Mais de quoi ? sphinx, énigmes, et le cœur
m’en éloigne, de quand j’étais un bambin,
et le ciel s’abaissait le matin
les jours de bonne, de mauvaise fortune.
Me chercher petite et sans racine aucune…
Voyons si je peux l’atteindre comme cela.
Amour, mon amour, tu es toujours là ?
Est-ce moi que tu veux, amour, ou quoi d’autre ?
Est-ce un baiser qu’à présent tu veux, ou quoi d’autre ?
veux-tu ouvrir de nouveau…ma blessure ?
Tu disais pouvoir me guérir à coup sûr,
tu me laisses au contraire seule comme un chien…
Et l’interro c’est justement ce matin !
Ai-je fais mes devoirs ?... les tables de multiplication…
Unités dizaines centaines milliers millions…
quarante-neuf, cinquante-six soixante-trois…
le visage de ma mère vu d’en bas
bien mille fois… et puis dix vingt trente.
Car jusque dans mes rêves elle m’épouvante
et quand elle jongle avec les temps m’agresse,
alors que le ciel le matin s’abaisse
et s’approche comme pour voir.
« Patrizia, il n’y a pas que le plaisir, illusoire,
ni la chair…la chair n’est pas tout.
Ne vois-tu pas que pointe de partout
ce qui nourrit la mélancolie déjà… »
Nihil est in intellectu quod pria
quod pria
… et ensuite ? Bah je ne sais pas.
Était-ce ton chemin de tristesse Patrizia,
que d’aller ainsi te saouler tous les soirs ?
Par besoin d’amour, je me suis mise à boire,
celui qui empâte, qui t’engloutit, le fort…
Par besoin d’amour ? Merde alors !
est-ce donc là ton imagination ?
bridée toute entière par la raison ?
Je me contentais de peu…de regards…
Mais c’est trop long, il est à présent trop tard
et de main très tôt, il faudra se lever.
Je me demande pourquoi, te l’es-tu demandé,
pourquoi la nuit à présent tombe aussi tôt.
C’est l’été, non ? ou n’est-ce pas plutôt
que cette chaleur vient de moi ? pourquoi pas ?
quelquefois…franchement, je ne sais pas.
Laisse tomber, allez, tournons la page.
Imagine, fleur mûrie de l’âge,
cette fleur…ce léger ondoiement
des arbres dans l’air libre du vent,
et moi je restais assise à écouter
si je me souviens bien….Ô arbres aimés,
tant aimés, amis calmes et fidèles,
sous quels ciels, en quelle gloire de ciels
ai-je donc usé sept paires de souliers !
Et les bâtons de fer usés,
Les gourdes de larmes remplies …
De désespoir soixante-dix-sept cris…
Et lui feignait de s’endormir à s’y méprendre.
« Ah bonne mère, qu’est-ce qu’il faut entendre ! »
Ecoute alors ceci qui soutient mon ardeur,
il me dit Il est tard, il me dit que c’est l’heure.
Je le sais que c’est l’heure, et aussi qu’il est tard.
Mais laisse encore juste un peu mon regard
englober cet été lointain et sa fleur.
Laisse aller mon regard plus profond dans mon cœur
laisse-moi vivre de mon passé,
de cette bouche qui ne m’a pas embrassée ;
dans ce trou noir et sans la moindre issue
laisse-moi pleurer sur ma vie les larmes qui sont dues.
Pascoli bien-aimé, et toi Clémente aussi,
Revenez dans mon souvenir car ici
j’ai tant besoin de grande poésie !

---------------------------------------------------------------------------

Per tutta quella note o ascoltai
L’andante del quintetto con due viole…
Ahimé che solo è tempo da parole
e di deboli uomini ! Incosciente !
incosciente e sfacciato…ma fa niente,
fa solo che mi vien da vomitare.
E se invece mi mettessi a cercare
lontano, molto in fondo alla mi infanzia ?
Ma cosa ? sfinge, enigmi, mi distanzia
il mio cuore, di quand’ero bambina,
e el cielo si abbassava ogni mattina
per i giorni felici e gli infelici.
Cercarmi piccolo e senza radici…
vediamo se lo raggiungo cosi.
Amore, amore mio, sei ancora li ?
E me che vuoi, amore, o è qualcos’altro ?
E un bacio che ora vuoi, o è qualcos’alotro ?
vuoi aprirmri di nuovo…la ferita ?
Tu dicevi che mi avresti guarita,
mi lasci invece sola come un cane…
E m’interrogano proprio stamane !
Ho fatto i compiti ?...le tabelline…
sette quattordici…unità decine
Centinaia, mi…vuentuno ventotto…
e il viso di mia madre dal di sotto
per mille volte…ventinove e trenta,
Perché anche coi sogni mi spaventa
e mescolando i tempi mi assassina,
mentre el cielo si abbassa ogni mattina,
viene vicino come per verdere.
“Oh Patrizia, non c’è solo il piacere,
E la carne…la carne non è tutto.
Non vedi che ne spunta dappertutto
a inaugurare la malinconia… »
Nihil est in intellectu quod pria
quod pria
…e dopo ? boh,non so. Patrizia,
era il tuo del itinerario di mestizia
andara a sbronzartitutte le sere ?
Per bisogno d’amore ho presso a bere,
quello grande che impasta, che t’ingloba…
Per bisogno d’amore ? belle roba !
era questa la tua immaginazione ?
al guinzaglio cosi della ragione ?
Mi accontentavo di poco…di sguardi…
ma è troppo lungo, si fa troppo tardi
e domani bisogna alzarsi presto.
Mi chiedo perché, te lo sei mai chiesto ?,
perché la notte scenda cosi presto.
che mi produco io ? e perché no ?
alle volte…frecamente non so.
Lasciamo stare, via, voltiamo pagina.
Fiore della maturità, immagina
quel fiore…quel leggero ondeggiamento
degli alberi nell’aria senza vento,
e io stavo seduta al ascoltare
se non ricordo male…Oh care care
piante, care amiche calme e fedeli,
sotto che cieli, che fieste di cieli
sette paia di scarpe ho consumate !
E le verghe di ferro logorate,
e le fiasche di lacrime colmate…
settantesette grida disperate…
E lui faceva finta di dormire.
« Misericordia, che devo sentire! »
Ascolta questo allora : che m’incuora,
mi dice E tardi, mi dice che è l’ora.
Lo so che è ‘ora, e so anche che è tardi.
Ma ancora solo un po’ lascia che guardi
quell’estate lontanacol suo fiore.
Lascia che guardi più addentro al mio cuore,
lasciami piangere sulla mia vita.
Pascoli amato, Clemente mio,
tornamenti alla mente che qui io
Ho un tal bisogno di grande poesia !
Modifié en dernier par lilydr le 07 mai 2015, 21:55, modifié 2 fois.
Avatar du membre
par Perdu de Recherche
#1031127
lilydr a écrit :mais à présent
qu’importe, malgré mon envie de vomir.
C'est un lieu commun parfait de la "viscéralité féminine", un topos apparemment indépassable, qui m'a toujours un peu agacé ... A croire qu'il n'est de tourment ou de passion féminins qui ne s'apprécient à l'aune de la vomissure. Tota mulier in utero, des "papillons dans le ventre" des beaux jours, à cette "authenticité de la déjection" des temps moins heureux. Je repense avec émotion à ces proto-psychiatres balbutiants, qui avaient le bon goût de soigner l'hystérie et la névrose à coups de matraque dans le plexus. Eussent-ils été suivis dans leur effort, nous nous serions épargné du même coup le fléau de la psychanalyse de masse.

Tonton Freud, si tu me lis ... ce que veulent les femmes, c'est gerber. Dors bien.
lilydr a écrit :Nihil est in intellectu quod pria
quod pria
… et ensuite ? Bah je ne sais pas.
... quod pria non fuerit in stomacho uteroque. De toute évidence.
Modifié en dernier par Perdu de Recherche le 07 mai 2015, 09:57, modifié 1 fois.
par lilydr
#1031128
Perdu de Recherche a écrit :
lilydr a écrit :mais à présent
qu’importe, malgré mon envie de vomir.
C'est un lieu commun parfait de la "viscéralité féminine", un topos apparemment indépassable, qui m'a toujours un peu agacé ... A croire qu'il n'est de tourment ou de passion féminins qui ne s'apprécient à l'aune de la vomissure. Tota mulier in utero, des "papillons dans le ventre" des beaux jours, à cette "authenticité de la déjection" des temps moins heureux. Je repense avec émotion à ces proto-psychiatres balbutiants, qui avaient le bon goût de soigner l'hystérie et la névrose à coup de matraques dans le plexus. Eussent-ils été suivis dans leur effort, nous nous serions épargné du même coup le fléau de la psychanalyse de masse.

Tonton Freud, si tu me lis ... ce que veulent les femmes, c'est gerber. Dors bien.
lilydr a écrit :Nihil est in intellectu quod pria
quod pria
… et ensuite ? Bah je ne sais pas.
... quod pria non fuerit in stomacho uteroque. De toute évidence.
A un moment donné, j'ai vraiment cru que tu allais nous faire la gènese du vibro. Toujours est-il que tu as decidement un côté sm très marqué.

Sinon ici c'est un thread poésie ^^
Modifié en dernier par lilydr le 07 mai 2015, 21:56, modifié 1 fois.
par lilydr
#1031129
FACE A LA MAISON DE SPINOZA

alors que mon regard flâne
parmi ces dames
dans la ruelle
face à la maison de Spinoza
il me revient en mémoire
qu’il y a une dizaine d’années
à peu près à la même époque
nous avions tous débarqué

les uns cherchant de quoi manger
les autres pour cueillir les fruits
(à chacun selon ses goûts)
De l’Occident Démocratique :

elles grâce au donnant donnant
du corps consentant contre espèces sonnantes
et moi en plein accord avec les articles, paragraphes et alinéas
de ma véritable Institution.

Dès le premier coup d’œil
il m’est apparu distinctement
qu’après cette décennie
dilapidée à l’étranger nous vivons tous la même expérience :
emploi du temps incertain
méfiance envers les étrangers
ensemble avec d’autres aspects
tous proches de la prostitution.

j’aperçois qu’Héloïse
qui l’air absent continue sa broderie
et Aline
impatiente avec les touches de son transistor rouge
et Amra et Jammila
riant aux éclats
tout en caressant le crâne chauve
d’un noir corpulent.

pendant que je pousse
ma bicyclette
(telle une semonce du destin)
et que je songe à nouveau
que de la fenêtre de Spinoza
jusqu’aux derniers réduits aux lumières rouges
à cette heure précisément
fleurit et se propage
(selon les caprices de la géométrie euclidienne)
un millier de fleurs
d’un invisible
triangle des Bermudes
composé de pétales humains collés
englués dans l’ainsi nommée
belle vie
plantés comme autant de calculs rénaux
dans nos carapaces du tiers-monde
trainées ici telles des reliques usées
depuis nos Biélorussie, Ukraine, Ouganda
Kirghizie, Ghana, Roumanie, Croatie…

pour nous dévisager à présent muets
comme des carpes
dans les aquariums
que l’on rencontre dans les restaurants chinois.

et quand bien même quelqu’un
nous retournerait complètement
nous décrasserait et nous connecterait
aux polygraphes cosmiques
c’est en vain qu’il tenterait de faire sortir de nous
rien qu’une seule petite ligne
du grand Baruch, de son Ethique.


------------------------------------------------------------------



PREKO PUTA SPINOZINE KUĆE

gledam tako
neke dame
u uličici
preko puta Spinozine kuće
i prisjećam se
kako smo prije otprilike deset ljeta
negdje u isto vrijeme
ovamo prispjeli

trbuhom za kruhom
ili udovima za plodovima
(kako tko voli)
demokratskog Zapada:

one pod okriljem
puteno-novčane razmjene,
a ja ukorak s člancima, paragrafima i alinejama
svoje ugledne Institucije.

i već na prvi pogled
biva mi jasno
da nas i nakon desetljeća
zdrobljenog u tuđini
još uvijek vežu iste stvari:

klizno radno vrijeme
nepovjerenje prema drugim strancima
i slični oblici
prostituiranja.

vidim Heloïse
kako i dalje nezainteresirano veze
i Alinu
kako užurbano vrti stanice na crvenom tranzistoru
i Amru i Jammilu
kako se prodorno smiju
gladeći ćelu nekom krupnom
crnom prijatelju

dok ja guram
svoj bicikl
(kao usudbenu popudbinu)
i mislim se kako
od Spinozina prozora
pa do zadnje kabine s crvenim svjetlima
u ovom času slobodno
cvjeta i širi se
(hirovima euklidske geometrije)
tisuću cvjetova
jednog nevidljivog
Bermudskog trokuta
slijepljenog od ljudskih latica
zaglibljelih u takozvanom
boljem životu
kao kamenje u bubrežnim tjesnacima
naših trećesvjetskih ljuštura
što smo ih kao dotrajale salbunare
doteglili ovamo iz svojih Bjelorusija, Ukrajini, Ugandi,
Kirgizija, Ganâ, Rumunjski, Kroacija...

da bi se sad motrili nijemi
kao one jegulje
u akvarijima
po kineskim restoranima.

i sve da nas netko
izvrne naopako
ispljuska i priključi
na kozmičke poligrafe
ne bi nažalost iz nas uspio istresti
niti jednog jedinog retka
velike Baruchove Etike.

Damir Sodan

Des putes et Spinoza, cela te sied mieux ?
Modifié en dernier par lilydr le 07 mai 2015, 23:30, modifié 1 fois.
Avatar du membre
par Perdu de Recherche
#1031169
Le thème est incontestablement meilleur. Mais je dois t'avouer que j'ai de toute façon un peu de mal avec l'idée de "poésie traduite". J'ai jamais bien su piffer les trads, même pour un roman chiant, même pour un manga. Mais pour un poème, à fortiori du vers libre en rital ou en croate, langues de prosodie plus que de scansion ... j'ai du mal à imaginer qu'on puisse chercher son intérêt ailleurs que dans le son, la "petite musique" du verbe. Toute tentative de traduction me semble donc vaine, en l'espèce. Et de manière générale, je ne prête d'intérêt à la manoeuvre que pour dans le cas de poèmes :
1°) De référence. C'est-à-dire à la fois capables d'encaisser une traduction sans broncher et gagnant à être connus des masses qui n'auraient pas accès à la VO.
2°) De langues toniques ou métriques, s'ils sont en vers. Autrement dit, porteurs d'un rythme suffisant pour les soutenir, une fois les sonorités originelles perdues.
3°) Traduits par des poètes sérieux de la langue de destination.

Les traductions de Poe par Baudelaire, ou de Shakespeare par Guizot tombent par exemple dans cette catégorie étroite. Pour le reste ... je souffre un peu.
par Elieza
#1031489
Samuel Beckett

Cascando

1

why not merely the despaired of
occasion of
wordshed

is it not better abort than be barren

the hours after you are gone are so leaden
they will always start dragging too soon
the grapples clawing blindly the bed of want
bringing up the bones the old loves
sockets filled once with eyes like yours
all always is it better too soon than never
the black want splashing their faces
saying again nine days never floated the loved
nor nine months
nor nine lives

2

saying again
if you do not teach me I shall not learn
saying again there is a last
even of last times
last times of begging
last times of loving
of knowing not knowing pretending
a last even of last times of saying
if you do not love me I shall not be loved
if I do not love you I shall not love

the churn of stale words in the heart again
love love love thud of the old plunger
pestling the unalterable
whey of words

terrified again
of not loving
of loving and not you
of being loved and not by you
of knowing not knowing pretending
pretending

I and all the others that will love you
if they love you

3

unless they love you

************
Version traduite pour les non anglophones

1
Pourquoi pas simplement les désespérés
d’avoir parfois
répandu un flot de mots
ne vaut-il pas mieux avorter que d’être stérile
les heures qui suivent ton départ sont à tel point de plomb
elles commenceront toujours trop tôt à traîner
les grappins ratissant aveuglément le lit du manque
ramenant à la surface les os les vieilles amours
orbites qu’habitaient jadis des yeux semblables aux tiens
tout toujours vaut-il mieux trop tôt que jamais
la boue noire du manque éclaboussant leurs visages
disant encore
jamais neuf jours n’ont rejeté l’être aimé à flot perdu
ni neuf mois
ni neuf vies
2
disant encore
si ce n’est toi qui m’enseignes je n’apprendrai pas
disant encore il y a une dernière fois
de toutes les dernières fois
dernières fois que l’on supplie
dernières fois que l’on aime
que l’on sait qu’on ne sait faisant semblant
une toute dernière des dernières fois que l’on dit
si ce n’est toi qui m’aimes je ne serai pas aimé
si ce n’est toi que j’aime je n’aimerai pas
le barattage des mots rances dans le coeur encore
amour amour amour bruit sourd du vieux pilon
broyant les inaltérables
grumeaux de mots
terrifié encore
de ne pas aimer
d’aimer mais pas toi
d’être aimé mais pas de toi
de savoir qu’on ne sait faisant semblant
semblant
moi et tous les autres qui t’aimeront
s’ils t’aiment
3
à moins qu’ils ne t’aiment
Avatar du membre
par louma
#1032305
Messagepar lilydr » Jeu 7 Mai 2015 01:38
Patrizia Valduga


…quel leggero ondeggiamento



Pour cette musique des mots, venue se poser ce soir sur ma dernière prise de vue en extérieur, just a glimpse, les ombres de grands chènes verts sous un plafond d'étoiles. C'était donc ça, l'ondeggiamento des futaies, de ma raison, et d'une voiture d'amoureux garée sur un parking désert..

"L'ondeggiamento", je garde ce mot en en bouche, sur tous les tons..
par lilydr
#1032306
louma a écrit :
Messagepar lilydr » Jeu 7 Mai 2015 01:38
Patrizia Valduga


…quel leggero ondeggiamento



Pour cette musique des mots, venue se poser ce soir sur ma dernière prise de vue en extérieur, just a glimpse, les ombres de grands chènes verts sous un plafond d'étoiles. C'était donc ça, l'ondeggiamento des futaies, de ma raison, et d'une voiture d'amoureux garée sur un parking désert..
Ravie de te retrouver ici, Louma.
par lilydr
#1058033
PORTE OUVERTE
La vie est bien aimable
Venez à moi si je vais à vous c’est un jeu,
Les anges des bouquets dont les fleurs changent de couleur.


LA RIVIERE

La rivière que j’ai sous la langue,
L’eau qu’on n’imagine pas, mon petit bateau,
Et les rideaux baissés, parlons.

SANS MUSIQUE

Les muets sont des menteurs, parle.
Je suis vraiment en colère de parler seul
Et ma parole
Eveillé des erreurs

Mon petit cœur.


LA NUIT

Caresse l’horizon de la nuit, cherche le cœur de jais que
l’aube recouvre de chair. Il mettrait dans tes yeux des pensées
innocentes, des flammes, des ailes et des verdures que le soleil
n’inventa pas.
Ce n’est pas la nuit qui te manque, mais sa puissance.

Extraits de "Capitale de la douleur" Paul Eluard
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